Produire en France deux millions de véhicules électriques et hybrides en 2030, l’objectif ambitieux d’Emmanuel Macron

Il y a 6 jours 17

Le président Emmanuel Macron a annoncé mardi l'objectif de "produire en France à l'horizon 2030 près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides" dans le cadre du plan France 2030.

"Produire en France près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides à l’horizon 2030", c’est l’objectif annoncé ce matin par Emmanuel Macron lors de la présentation du plan France 2030. Un chiffre annuel très ambitieux puisqu’il équivaut à l’intégralité de la production française toutes énergies confondues en 2018 (2,3 millions de véhicules), soit avant la pandémie. Et sans compter sur les usines de batteries nécessaires à la production des cellules, élément indispensable des voitures électriques, et l’ensemble des équipementiers dédiés à ce nouveau type de véhicules.

"Un changement de culture"

"Nous, grande nation de l’automobile, nous ne voulons pas devenir la nation qui roule le plus vert avec des voitures qui ne sont plus produites chez nous, cela n’a aucun sens de faire cela", a résumé ce mardi Emmanuel Macron, faisant référence aux nouveaux acteurs, asiatiques notamment, qui multiplient en Europe les lancements de modèles électriques. Et pour atteindre cet objectif, le Président de la République en appelle à un véritable chamboulement.

"Le changement est aussi un changement de culture: on doit aller sur l’industrie automobile de demain, poursuit Emmanuel Macron. Nous ne referons jamais du moyen et haut de gamme en classique, on s’est fait distancer. On a besoin d’aller sur les technologies de rupture, l’innovation, on a commencé à le faire sur les batteries, on doit continuer à le faire sur les nouveaux véhicules. Et tout cela ne marche que s’il y a une vraie stratégie coopérative en particulier de nos grands constructeurs".

Un million de véhicules annoncés d'ici 2025

En mettant à part ce dernier souhait – Renault et Stellantis n’ont pour le moment pas réussi à s’entendre sur l’airbus des batteries - atteindre ce chiffre s’avère très ambitieux. "Cela revient à produire plus de voitures qu’aujourd’hui", raille un spécialiste. En 2020, 1,3 million de véhicules seulement ont été produits dans l’Hexagone et cette année, entre la pénurie de semi-conducteurs et le redémarrage du marché européen, la production n’atteindra clairement pas le pallier des 2 millions.

Atteindre ce chiffre demande surtout de rapatrier en France des productions actuellement faites à l’étranger, notamment pour les petits véhicules. C’était déjà le sens du discours d’Emmanuel Macron fin mai 2020, lors de son plan dédié à la filière automobile. Il demandait alors 1 million de véhicules hybrides et électriques produits en France à l'horizon 2025.

D’ici cette date, Renault aura déployé son pôle ElectriCity entre Douai et Maubeuge dans le Nord avec une capacité de production de 500.000 véhicules. Si on ajoute les 300.000 véhicules produits à Onnaing (Nord) chez Toyota mais aussi la production du futur Peugeot 3008 électrique à Sochaux (Doubs).

"Si Stellantis rapatrie la production électrique du segment B en France, cet objectif peut peut-être être atteint, mais sans cela, cela va être très très compliqué", poursuit notre spécialiste. Peugeot produit en effet la 208 électrique à Trnava, en Slovénie, sur la même ligne que les 208 thermiques.

Construire une filière complète

Au-delà du "maintien des usines terminales se pose aussi la question des filières en amont", nous explique Laurent Petizon, directeur général au cabinet Alix Partners. "La production de lithium, les anodes et cathode, le software, tous les éléments liés à la chaîne de valeur de la voiture électrique doivent aussi s’installer en France, et cela demande des investissements financiers comme de la formation", poursuit Laurent Petizon.

Le software comme l’électronique sont notamment cruciaux car indispensables pour la voiture électrique, l’hydrogène, les hybrides rechargeables. Pas sûr que les quatre milliards d'euros compris pour financer la voiture à faible émission et l'avion bas carbone suffise.

Pauline Ducamp

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